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Genèse d'un tableau


Voici un article que j'ai publié en 2006 sur mon blogue alors que j'étais à Paris, au squat de Rivoli "Électron libre" où j'ai eu la chance de passer l'été. J'y retrace les étapes de la création d'une peinture à l'acrylique. J'ai souligné quelques éléments langage plastique.

sujet: mon coin préféré de l'atelier adjacent à ma chambre au squat de Rivoli. C'est en voyant l'ombre portée de la grille en fer forgé devant la fenêtre de mon atelier que j'ai décidé de peindre ma fenêtre. Ce serait ma vue de Paris.


J'ai commencé à esquisser sous l'oeil attentif d'Ingrid, compatriote québécoise qui dispose elle aussi d'un atelier au squat de Rivoli.

J'ai poursuivis cette toile pendant cinq jours, en m'interrompant lorsque le ciel était nuageux ou la lumière changeait. Je voulais respecter la qualité de la lumière.

J'ai trouvé le sujet plus riche encore que je pouvais le soupçonner. J'ai pensé à Matisse et à son traitement des motifs, à la chaise de la chambre de Van Gogh qui semble flotter dans une perspective propre à elle-seule, et à l'abivalence fond / forme sur laquelle avaient joué les nabis.

Le soleil chaud d'un début d'après midi et le plancher gris reflètant les murs bleus de l'atelier m'a inspiré cette harmonie de bleus et d'orangés. Pour miser sur l'effet vibrant des couleurs complémentaires, les noirs sont en vérité des bruns orangés très foncés ou des bleus foncés. Les gris et les blancs s'accordent selon les couleurs qu'ils voisinent selon la loi du contraste simultané.

Cette fenêtre est devenue une synthèse de mon quotidien dans cet atelier, et il s'agit d'un autoportrait en quelque sorte. Voilà pourquoi j'ai peint mon reflet dans la fenêtre. ça m'amusait de réunir dans la même image les trois plus grands thèmes de la peinture, soit le paysage, la nature morte et le portrait.

Guernica de Picasso


Guernica est l’une des œuvres les plus significatives de Picasso et une oeuvre majeure de l'art moderne. Mais Guernica, titre d’un tableau célèbre, est avant tout le nom d’un village basque qui fut bombardé en 1937, ce qui est considéré comme un des premiers raids de l'histoire de l'aviation militaire moderne sur une population civile sans défense.
Picasso utilisa son statut de célébrité pour dénoncer sans détour la répression du peuple basque par l'Espagne fasciste. On raconte que durant la Seconde Guerre mondiale, Picasso, qui vivait à Paris, reçut la visite d'un ambassadeur nazi. Ce dernier lui aurait demandé devant une photo de la toile de Guernica: "C'est vous qui avez fait cela ?" Picasso lui aurait répondu : "Non... C'est vous".


À travers Guernica, l’Histoire de l’art moderne et l’Histoire politique se rencontrent. Car l'intérêt de l'oeuvre ne réside pas seulement dans le sujet, mais dans le traitement qu'en fait le peintre. Au lieu de représenter l'horreur du réel, Picasso choisit de faire usage de symboles pour exprimer l'horreur qui ressent: brutalité aveugle du taureau et du cheval, l’obscurité et le cri. Le choix du noir, du blanc et du gris symbolisent le deuil et la mort. Cette œuvre dénonce la barbarie humaine. Guernica devient alors beaucoup plus que la représentation d'un fait divers, mais un symbole universel de toutes les guerres.

"L’art n’est pas fait pour décorer les appartements", disait Picasso. "C’est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi. Mon plus grand espoir est que mon travail contribue à empêcher d’autres guerres dans l’avenir". 



Marc Chagall

Moi et mon village, huile sur toile, 1911. 
Marc Chagall est né en 1887 en Russie, dans une famille juive très croyante. Sa jeunesse marquée par la tradition hassidique, ses séjours à la campagne chez son grand-père et sa fascination pour les animaux de ferme. Très jeune il puise son inspiration dans la vie familiale et l'observation du quotidien. Dès son plus jeune âge, on lui trouva un grand talent artistique. En plus du dessin, Chagall pratique le violon.

À travers les livres et les magasines, il découvre les peintres novateurs de Paris comme Cézanne, Van Gogh, Matisse, Toulouse Lautrec... En 1910, il part pour un voyage de quatre jours à Paris grâce à un mécène, et s'installe à Montmartre dans l'appartement d'un ami russe. Il découvre alors les différentes tendances post-impressionnistes: les couleurs du fauvisme, la force des expressionnistes. En 1911, il expose sa toile "Moi et mon village" au Salon des indépendants.

Le cubisme coloré de Delaunay l'impressionnera également, mais il n'observera les dogmes d'aucuns de ces mouvements, qui l'aideront toutefois à se forger un univers personnel, fantastique et poétique, unique en son genre.

Qui est Jean-Michel Basquiat?

Jean-Michel Basquiat, né à Brooklyn le 22 décembre 1960 et mort le 12 août 1988 à SoHo, est un artiste peintre américain d'origine haïtienne et portoricaine. Il devient très tôt un peintre d'avant-garde très populaire et pionnier de la mouvance underground. Son style est original, spontané, naïf et énergique.

Bad Painting

Définition

Le Bad Painting est un style artistique né aux États-Unis, empruntant aux arts dans la rue, (graffitis, pochoirs, affiches…) en réaction à l'intellectualisation de l'art au cours des années 70. Le plus souvent figuratif, volontairement sale et négligé, ce style évoque l'expressionnisme et l'art brut, et mêle souvent le texte et l'image. Aujourd'hui, l'art urbain se réclame toujours de la spontanéité, de la vitalité et du caractère fruste et direct de ce style né de la rue. Les arts graphiques se sont inspirés de la facture brouillonne de cette forme d'art, qui a depuis redéfini notre vision de la beauté.

L'un des artistes emblématiques du Bad painting est sans contredit Jean-Michel Basquiat qui, de simple graffiteur oeuvrant sous le pseudonyme de SAMO, est devenu l'un des artistes marquants du marché de l'art des années 80, épaulé par nul autre qu'Andy Warhol, avec lequel il collabora.

Exemples

Une oeuvre de Jean-Michel Basquiat.

Jean-Michel Basquiat et Andy Warhol. Leur rencontre fut mêlée de fascination et de jalousie. Andy Warhol a déclaré après avoir rencontré Samo: "je suis jaloux. Il peint beaucoup plus vite que moi".


Une performance de Salvador Dali

Une performance de Salvador Dali filmée pour la télévision française. Ce petit bout de film permet d'entrevoir quel personnage excentrique était Dali, et quel respect lui vouait les français et le milieu de l'art en général. C'était également l'époque à laquelle on pouvait voir ce genre d'happening artistique à la télé, sur une chaînes publique!

Salvador Dali

Une entrevue en français avec le peintre surréaliste espagnol Salvador Dali.

Destino

Une collaboration méconnue entre le peintre surréaliste espagnol Salvador Dali et Walt Disney, qui débuta en 1946 et n'aboutit pas à un long métrage comme prévu, mais fut achevée plus tard.



Pablo Picasso: une entrevue

Un bout d'entrevue en français avec Pablo Picasso.

Francis Bacon

Un peintre anglais de génie nous fait le plaisir d'une entrevue en français. Je ne pouvais pas ne pas la mettre sur ce blogue!

Nu descendant un escalier de Marcel Duchamp

ANALYSE D'UNE OEUVRE D'ART
Voici une courte analyse d'une œuvre phare de l'art moderne, Nu descendant un escalier de Marcel Duchamp, à partir de son langage plastique, de ses composantes expressives et de ses fonctions de symbolisation. Cette œuvre est importante, riche et complexe, tout en restant néanmoins accessible dans le cadre d’une activité pédagogique d’appréciation esthétique. Je souhaite ainsi offrir un exemple d'analyse sommaire. Pour une analyse plus fouillée, je vous invite à visionner ce petit documentaire: Le Temps Spirale: Nu descendant un escalier de Marcel Duchamp.

LANGAGE PLASTIQUE
Nu descendant un escalier est un tableau composé sur un format présenté à la verticale, ce qui traditionnellement convient et réfère au portrait. Les couleurs, dans des tons d’ocres acides, de jaunes et de bruns, recouvrent le tableau presque monochrome dans laquelle l’expressivité de la ligne apporte la structure. 
Marcel Duchamp, Nu descendant un escalier, huile sur toile, 1912
Cette ligne droite, répétitive et segmentée, vient découper par son trait affirmé et contrasté de multiples formes géométriques anguleuses et longilignes qui se déploient sur toute la surface du tableau. Bien qu’il s’agisse clairement de peinture, vraisemblablement une huile sur toile, le tout évoque le caractère brut de la terre, ou plus justement un complexe assemblage sculptural de pièces de bois découpées à coups de burin et de ciseau.
Le dessin suggère par ailleurs la fragmentation, puisque la panoplie de petits éléments jaunes semble participer à une forme plus grande, centrale, qui se détache d’un fond sombre.
Puisque sur ce fond sombre, en bas à gauche, est inscrit le très évocateur titre de l’œuvre, notre œil est amené à chercher dans cet assemblage géométrique des signes figuratifs qui permettraient de recomposer la forme d’un corps humain. Incidemment, les angles que forment les droites coïncident avec les endroits où pourraient se situer les articulations des genoux, tandis que la répétition d’un élément arrondi évoquant un bassin permet de situer la taille, les épaules et la tête d’un personnage. Bien que n’apparaît aucun visage, aucune main, aucun pied, ces angles déclinés de gauche à droite et de bas en haut évoquent une multiplicité de corps distribués en chevauchement sur une diagonale. De discrets pointillés décrivent par ailleurs des arcs de cercle sur cette même trajectoire, et l’on devine les marches d’un escalier dans le coin supérieur droit.
Dans ce tableau de 1912, Duchamp ignore complètement les dictats académiques de la peinture quant au traitement des ombres et des lumières, des proportions, ou quant aux lois de la perspective, par exemple. À la frontière entre de la figuration, Duchamp conjugue les influences du cubisme et du futurisme et fait une référence directe aux recherches photographiques de Muybridge et Marey.

Chronophotographie d'Eadweard Muybridge, vers 1880.


EXPRESSIVITÉ DE L'OEUVRE
Ce que tente Duchamp avec cette œuvre hautement expressive malgré l’aridité de sa palette et de sa facture, c’est de traduire le mouvement au moyen de la peinture. Sans doute inspiré par les chronophotographies de Muybridge et Marey, deux artistes-inventeurs qui préfigurèrent l’invention du cinéma, Duchamp décompose le mouvement et se désintéresse des détails de la figure humaine qui ne pourraient figer le mouvement.Je ne peux pour ma part qu’admirer cette intuition, qui permet à Duchamp de rendre, par le moyen de formes anguleuses et opaques, l’équivalent d’un flou photographique.

Se faisant, le Nu descendant un escalier réussit, à mon avis, là où ont échoué d’autres peintres désireux de traduire le mouvement en peinture. En outre, le Nu transfigure les études de Muybridge et Marey en une œuvre à la fois sensible et puissante, contrairement à d’autres œuvres qui apparaissent à mon sens comme de simples études, et qui ne possèdent pas, du moins, la même intensité expressive à mes yeux.
Giacomo Balla, Bambina che corre sul Balcone, huile sur toile, 1912.

Duchamp utilise la science de Muybridge et Marey, mais aussi leur esthétique : les couleurs ternes du Nu descendant un escalier évoquent le sépia photographique. Duchamp semble payer son hommage à Marey en utilisant, tel un clin d’œil, de discrets pointillés qui apparaissent dans certaines de ses chronophotographies.
Étienne-Jules Marey, Études de la marche par la Chronophotographie, vers 1882.

Le thème du nu n’a jamais été peint avec autant d’âpreté auparavant. Par son caractère d’étude, le Nu descendant un escalier nie toute considération pour la valeur esthétique du corps et en évacue toute connotation érotique.


ANALYSE SYMBOLIQUE
L’œuvre, puisqu’il s’agit d’un tableau important d’un artiste majeur de l’histoire de l’Art, est riche en avenues d’interprétation. On peut en effet considérer le Nu descendant un escalier comme une œuvre charnière de l’art moderne, un tableau à part, qui fit scandale lors de sa première exposition lors de l’Armory Show à New York en 1913.
Toutefois je préfère m’attarder dans cette analyse aux aspects symboliques qui se dégagent de l’œuvre, en dehors de ses aspects contextuels ou anecdotiques en regard de son époque.
Par son titre, l’œuvre convoque à elle la représentation classique du nu dans l’art. Se faisant, Duchamp nous amène à nous questionner sur le sens du beau et sur le rapport qu’entretiennent les artistes (et les amateurs d’art) avec le corps de la femme en particulier. Car Duchamp représente le nu sans aucune complaisance et sans soucis de réalisme, ce qui fera dire à un observateur de l’époque que « cela ressemble davantage à un tas bien rangé de violons cassés qu’à une femme ». Mais pourquoi, est-on en raison de se demander, devrait-on s’attendre à voir représenté ici une femme plutôt qu’un homme ? La question me paraît d’autant plus pertinente que parmi les principales sources d’inspiration de Duchamp figure l’étude photographique d’un homme montant un escalier.

Cet escalier est en soi un élément chargé d’une lourde symbolique. Selon qu’on le monte ou qu’on le descende, il conduit vers l’illumination ou la découverte de mystères enfouis. La vulnérabilité que suggère la nudité, combinée au mystère rattaché à l’escalier qui s’enfonce vers un monde inconnu, m’apparaît comme quelque chose de troublant et d’énigmatique. Le choix des couleurs qui composent le Nu descendant un escalier renforce à mon avis l’impression que l’on se trouve devant une œuvre grave, empreinte de mystère.
Marcel Duchamp descendant un escalier par Eliot Elisofon